De la perte à la défense des droits : L’appel d’une femme pour mettre fin aux décès liés aux avortements pratiqués dans des conditions dangereuses

Leonidas Mulembe, du village de Burangasi à Navakholo Kakamega, se souvient encore du jour où sa belle-fille est tombée malade. La jeune fille de 15 ans, alors en septième année, vomissait fréquemment et s’affaiblissait, mais rien n’avait préparé son tuteur, âgé de 72 ans, à ce qui allait se produire.

« Elle était toujours malade et je pensais qu’il s’agissait d’une maladie normale », explique Mme Mulembe. « Je n’ai jamais soupçonné qu’elle était enceinte.

Comme le problème persistait, elle a apporté un échantillon à l’hôpital pour comprendre ce qui n’allait pas. Les résultats sont choquants. Sa belle-fille était enceinte. Déterminée à la protéger, Mme Mulembe a pris en charge les soins de la jeune fille et a gardé l’espoir qu’elle mènerait sa grossesse à terme en toute sécurité.

« J’ai décidé de la soutenir et de prendre soin d’elle », dit-elle. « J’ai cru que tout irait bien.

Mais quelques jours plus tard, l’état de santé de la jeune fille s’est brusquement détérioré. Elle a été ramenée d’urgence à l’hôpital, à peine capable de survivre. Les médecins ont ensuite informé Mme Mulembe que sa belle-fille avait tenté d’interrompre la grossesse en ingérant un détergent.

« Les médecins ont fait de leur mieux et ont sauvé le bébé », se souvient-elle. « Mais la fillette était déjà en danger de mort. Elle est morte quelques heures plus tard.

Cette perte a laissé Mulembe dévastée. Ce qui l’a le plus troublée, ce n’est pas seulement la mort elle-même, mais le silence qui l’a précédée.

« Elle ne m’a jamais dit qu’elle était enceinte et elle ne m’a jamais dit ce qu’elle avait l’intention de faire », dit-elle. « Si elle m’avait parlé, les choses auraient peut-être été différentes.

Son expérience est le reflet d’un problème plus large auquel sont confrontées les jeunes filles au Kenya. Les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses restent l’une des principales causes de maladie et de décès maternels, en particulier chez les adolescentes. Selon les estimations du ministère de la santé, des centaines de milliers d’avortements provoqués ont lieu chaque année, souvent dans des conditions dangereuses. Une étude nationale réalisée en 2025 par l’Africa Population and Health Research Center (APHRC), en partenariat avec le ministère kenyan de la santé et le Guttmacher Institute, estime que près de 800 000 avortements provoqués se produiront en 2023, ce qui souligne le besoin urgent de prévenir les grossesses chez les adolescentes et d’améliorer les systèmes de soutien pour les jeunes filles.

Depuis la mort de sa belle-fille, Mulembe a transformé sa douleur en objectif. Vivant avec plusieurs jeunes filles et jeunes gens qui ne sont pas ses enfants biologiques, elle se donne désormais pour priorité de parler ouvertement de santé sexuelle et génésique et d’encourager la confiance entre parents et enfants.

« Il est important que les parents se lient d’amitié avec leurs enfants. Ce lien étroit peut les aider à partager des informations vitales », explique Mulembe.

Elle utilise aujourd’hui son expérience pour conseiller les voisins, les parents et les tuteurs sur les dangers des avortements à risque et sur l’importance de l’orientation et d’une communication ouverte. Un article de journal relatant la mort de sa belle-fille fait partie des objets qu’elle garde sur elle pour se rappeler ce que le silence peut coûter. Elle s’en sert comme preuve pour encourager une meilleure éducation des enfants et décourager les pratiques d’avortement à risque.

« Aucun enfant ne devrait mourir parce qu’il a eu peur de parler », dit-elle. « Il existe des moyens plus sûrs de gérer ces situations, mais les parents doivent être présents.

Pour Mulembe, une meilleure parentalité n’est pas une question de blâme. Il s’agit d’être présent, de faire confiance et de veiller à ce qu’aucun enfant ne soit laissé seul face à la crise.